Pyxine subcinerea, un lichen tropical nouveau pour la France continentale

Pyxine subcinerea, un lichen tropical nouveau pour la France continentale

Le 22 janvier 2026

La découverte récente de Pyxine subcinerea Stirt. au Domaine du Rayol constitue un apport important à la connaissance de la flore lichénique de France continentale. L’espèce y a été observée pour la première fois en juin 2025 par Benoît Toussaint ; sa présence a ensuite été confirmée et étudiée le 30 décembre 2025 par Didier Masson. Cette observation représente la première donnée fiable de ce lichen pour la France continentale (Roux et al., 2025) et étend notablement la distribution connue de l’espèce.

Jusqu’à présent, Pyxine subcinerea n’était signalée en Europe que de manière très ponctuelle, principalement le long des côtes ligure et tyrrhénienne en Italie, en Corse, ainsi que près du littoral atlantique au Portugal (Masson & Bauvet, 2021).

Quelques rappels sur les lichens

Les lichens résultent de l’association symbiotique durable entre un champignon et un organisme photosynthétique (algue verte et/ou cyanobactérie). Il en existe environ 20 000 espèces sur Terre. Ces organismes que nous croisons çà et là dans nos régions font partie du règne des champignons et couvrent tous les habitats, de la mer aux hauts sommets.

Présentation de l’espèce

Notre « lichen du mois », Pyxine subcinerea, a été décrite d’Australie en 1898 par le cryptogamiste écossais James Stirton (1833–1917) dans la revue Transactions and Proceedings of the New Zealand Institute (vol. 30, p. 397).

Ce lichen foliacé, appartenant à la famille des Caliciacées (fig. 1), se caractérise principalement par :

  • un thalle gris-verdâtre à olive-gris, de quelques centimètres, formé de lobes appliqués sur le substrat (toujours des écorces au Domaine du Rayol) ;
  • des soralies marginales puis laminales produisant des sorédies farineuses (propagules végétatives) ;
  • une médulle jaune pâle et un cortex supérieur contenant de la lichéxanthone qui produit une fluorescence jaune vif sous lumière ultraviolette (Masson & Bauvet, 2021) (fig. 2).
Figure 1. Deux thalles de Pyxine subcinerea sur écorce de pin d’Alep au Domaine du Rayol le 30/12/2025.

Figure 1. Deux thalles de Pyxine subcinerea sur écorce de pin d’Alep au Domaine du Rayol le 30/12/2025. © Didier Masson.

Figure 2. Fluorescence jaune vif sous lumière ultraviolette de Pyxine subcinerea (UV).

Figure 2. Fluorescence jaune vif sous lumière ultraviolette de Pyxine subcinerea (UV). © Benoît Toussaint

 

 

Aire de répartition

La distribution de ce lichen est principalement tropicale, avec des prolongements dans des zones tempérées comme la partie orientale des États-Unis (Amtoft, 2002) et l’Europe méridionale où il y est très rare (fig. 3). Il figure d’ailleurs dans la liste rouge des macrolichens dans la Communauté européenne (Sérusiaux, 1989).

Figure 3. Distribution mondiale de Pyxine subcinerea selon GBIF, 2026.

Figure 3. Distribution mondiale de Pyxine subcinerea selon GBIF, 2026.

Habitat

Pyxine subcinerea est principalement corticole (sur l’écorce des arbres), mais peut aussi être trouvé sur des roches, comme en Corse par exemple (Masson & Bauvet, 2021). Au Domaine du Rayol, il a été rencontré sur de nombreuses espèces ligneuses, autochtones (arbousier, bruyère arborescente, chêne vert, genévrier oxycèdre, pin d’Alep), exotiques (Vachellia karoo, par exemple, près du Café des Jardiniers, à droite), ou le pistachier lentisque (fig. 4). Ce lichen est probablement indigène dans le Domaine du Rayol au vu de sa relative abondance et de la diversité des ligneux sur lesquels il se développe (fig. 4 et 5).

Figure 4. Exemple d’environnement connu de Pyxine subcinerea au Domaine du Rayol en allant vers le restaurant Le cercle rouge représente l’emplacement sur une branche latérale de pistachier lentisque.

Figure 4. Exemple d’environnement connu de Pyxine subcinerea au Domaine du Rayol en allant vers le restaurant. Le cercle rouge représente l’emplacement sur une branche latérale de pistachier lentisque. © Jérémy Tritz, Domaine du Rayol, le 31/12/2025

 

Figure 5. Localités où ce lichen a été observé au Domaine du Rayol (décembre 2025)

Figure 5. Localités où ce lichen a été observé au Domaine du Rayol (décembre 2025). © Didier Masson.

Trois spécimens de P. subcinerea, prélevés sur deux arbres d’espèces différentes, sont d’ores et déjà conservés à l’Herbier des Méditerranées (HDR) pour les consultations futures.

Protégé depuis 1989 par le Conservatoire du littoral, le Domaine du Rayol, grâce à son rayonnement scientifique et pédagogique, est un lieu de référence pour la mise en valeur de la biodiversité méditerranéenne au sein d’un environnement densément aménagé et menacé.

Quelles sont les implications de cette découverte ?

  • Enrichissement de l’inventaire lichénologique de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et de la France continentale ;
  • Mise en évidence de l’importance des prospections dans les milieux naturels méditerranéens encore sous-documentés pour de nombreux groupes biologiques (Tritz et al., 2024)
  • Ouverture de nouvelles perspectives de recherche sur l’écologie de cette espèce ;
  • Intégration de l’espèce dans les pratiques de gestion et de médiation du Domaine du Rayol.

    À bon observateur, munissez-vous d’une loupe !

Benoît Toussaint, Chef du service Expertise et conservation, Conservatoire botanique national des Hauts-de-France
Didier Masson, Lichénologue, Académie de Bordeaux
Jérémy Tritz, Botaniste, Domaine du Rayol
Géraldine Pérez, Responsable scientifique, Domaine du Rayol

Le Domaine du Rayol tient à remercier Virgile Noble, responsable scientifique du Conservatoire botanique national méditerranéen et Claude Roux pour la communication et la mise en relation.

Bibliographie
– AMTOFT A. (2002). Pyxine subcinerea in the Eastern United States. The Bryologist, 105(2) : 270–272.
– DOMAINE DU RAYOL (Herbier HDR). Index Herbariorum. The William & Lynda Steere Herbarium, The New York Botanical Garden, Bronx (USA). Code herbier : HDR.
GBIF (2026). GBIF Backbone Taxonomy. Accès via ce lien.
– MASSON D. & BAUVET C. (2021). Collema curtisporum Degel., Physcia erumpens Moberg et Pyxine subcinerea Stirton, trois ascomycètes lichénisés nouvellement signalés en France. Bulletin de la Société Linnéenne de Bordeaux, Tome 156, nouvelle série n° 49 (2/3) : 205–222.
– ROUX C. et collaborateurs (2025). Catalogue des lichens et champignons lichénicoles de France métropolitaine. 4e édition revue et augmentée. Édit. Claude Roux, Mirabeau, 2015 p.
– SÉRUSIAUX E. (1989). Liste Rouge des macrolichens dans la Communauté Européenne. Centre de Recherches sur les Lichens, Département de Botanique, Liège, non paginé.
– TRITZ J., BOUDOURESQUE C.-F., BLANFUNÉ A., THIBAUT T., VERLAQUE M. (2024). New records of marine macroalgae in Rayol-Canadel-sur-Mer, in the Adjacent Marine Area of the Port-Cros National Park (Provence, France). Scientific Reports of Port-Cros National Park, 38 : 129-141.