La plante du mois : Pelargonium tomentosum

Pelargonium tomentosum

Le 16 mai 2019

Oasis de couleurs, de bruits et d’odeurs au jardin… Il est bon de ressentir le retour du printemps au Domaine du Rayol. La vie fourmille en tous lieux et toutes formes, chaque recoin dévoilant les teintes, les ballets aériens et les chants de ses occupants. Mais s’il y a bien une chose qui ravit les amateurs de plantes, ce sont bel et bien les fleurs, pour leurs couleurs et leurs parfums.
Et si nous portions notre regard sur une de celles qui ornent bon nombre de nos balcons ?
Aujourd’hui, focus sur une plante à la fois bien connue et pas si connue que cela : Pelargonium tomentosum.


Que de noms d’oiseaux…

Les habitués de cette rubrique l’auront deviné : il y a là encore beaucoup à dire sur le plan botanique !

A commencer par son nom de genre : Pelargonium. Nous sommes ici dans le même cas de figure que pour les fameux mimosas : un même mot peut avoir deux sens différents en fonction du contexte. Botanique et sens commun sont à différencier. Car effectivement, le genre Pelargonium regroupe les plantes que nous appelons communément les géraniums. Mais en botanique, le mot Geranium définit un autre groupe de plantes de la même famille… Un vrai casse-tête !

D’ailleurs, parlons-en, de cette famille, les Géraniacées ! Elle regroupe (selon Albers et Van der Walt, 2010) environs 835 espèces réparties dans 5 genres principaux : Pelargonium, Geranium (tiens donc !), Erodium, Monsonia et Hypseocharis. Cette famille se caractérise notamment par le fruit, en forme de tête d’oiseau, ce qui serait d’ailleurs à l’origine de certains noms de genre. Pelargonium viendrait du grec « Pelargos » qui signifie « cigogne », en référence à l’aspect du fruit ! Geranium serait issu de « Geranos », la grue. Et enfin, Erodium de « Erodios », le héron !

Pelargonium cuculatum

Pelargonium cuculatum

Geranium robertianum

Geranium robertianum

 

 

 

 

La confusion que l’ont fait aujourd’hui entre les termes « geranium » et « pelargonium » serait due au fait que ces deux genres étaient à l’origine réunis en un seul : Geranium. Mais suite à des études plus poussées sur l’organisation des fleurs et des fruits, il a été décidé de scinder ce groupe en deux différents : Geranium et Pelargonium. Mais comme les habitudes ont tendance à perdurer, on en vient vite à se tromper… Autant vous dire que ça piaille beaucoup pour des plantes à tête d’oiseau !


S’envoler pour l’Afrique…

Eloignons-nous de ce méli-mélo vernaculaire et partons à la découverte de l’habitat naturel de notre plante du mois…
Et pour ce faire, des ailes ne seraient pas de trop, car la majeure partie des espèces du genre Pelargonium se trouve en Afrique du Sud. En ce qui concerne notre plante, il faut se rendre dans la province du Cap, et là encore, son aire de répartition naturelle témoigne de la diversité des climats qu’offre la pointe sud-africaine.
En effet, Pelargonium tomentosum pousse au niveau des chaînes de montagnes environnantes, partant des montagnes des Hottentots-Holland à l’ouest, jusqu’au massif de Langeberg à l’est.
Ces zones d’altitude sont couvertes de forêts poussant sur du grès. L’eau apportée par la brume et la pluie participe à l’érosion de cette roche, et le sable qui la compose constitue un très bon drainage. Au fil du temps, des ravines sont créées puis colonisées par les espèces locales. Et c’est en marge de ces forêts de forte pente, à l’ombre des arbres, sur un sol sableux, que notre Pelargonium tomentosum trouve les conditions optimales à sa survie.


Quand la fragrance se rapporte au plumage…

Les géraniums comptent parmi les plantes les plus connues et répandues de par chez nous. Les fleurs sont assez caractéristiques, avec cette symétrie bilatérale et ces cinq pétales inégaux en taille et en couleur. Il en existe une telle diversité que l’Homme n’a pu résister à l’envie de combiner le feuillage de l’un avec les fleurs d’un autre. De ce fait, bon nombre d’hybrides existent et sont commercialisés. Mais notre plante du mois n’en est pas un. Elle est bel et bien authentique et possède des caractéristiques qui lui sont propres.

Pour ce qui est des fleurs, Pelargonium tomentosum est plutôt discret : celles-ci sont très petites et réunies en bouquets. On compte 5 pétales blancs à tache pourpre, inégalement répartis : deux sont positionnés « en haut », semblables à deux longues oreilles, et les trois autres, « en bas », sont plus fins et rapprochés entre eux. Certains diront « peut mieux faire », mais ces fleurs compensent leur petite taille par leurs couleurs contrastées.

Le feuillage est en bonne partie responsable de la popularité des géraniums, que ce soit pour leur couleur, leur forme, leur taille ou encore leur odeur. Et si la floraison du Pelargonium tomentosum n’est pas très impressionnante, ses feuilles, elles, ont de quoi surprendre : larges, d’un beau vert, elles sont recouvertes de nombreux petits poils, donnant une texture extrêmement douce au toucher (d’où le nom d’espèce tomentosum, « tomenteux »). De plus, la plante dégage au toucher une odeur de menthe glacée très surprenante et agréable à notre nez !

Pelargonium tomentosum Pelargonium tomentosum

Mais pourquoi un tel feuillage ? Certainement pas pour gagner nos faveurs…
Dans les forêts de ravins dont elle est originaire, cette plante est souvent exposée à la brume ; quoi de mieux pour récupérer ces gouttelettes que de minuscules petits poils. Et cette forte odeur mentholée, plaît-elle aux herbivores comme elle nous plairait ? Pas si sûr…

Rappelez-vous : les plantes sont les championnes de l’adaptation ! Et lorsque cette adaptabilité mélange beauté, douceur et fragrance, cela donne des plantes comme Pelargonium tomentosum.

Lenny Basso
Jardinier et guide-animateur au Domaine du Rayol