La plante du mois : Nandina domestica

Nandina domestica

Le 18 décembre 2018

Décembre, dernier mois de l’année, marquant le début de l’hiver et, avec cette saison, les festivités que beaucoup attendent ! Guirlandes lumineuses, sapins, crèches et autres décoration de Noël apparaissent dans les foyers.
Le vert et le rouge dominent, ce qui n’est pas sans rappeler le fameux houx constituant les couronnes de l’Avent. Mais cet assemblage de couleurs n’est pas rare dans la nature, et en cette période au jardin, il est une plante qui arbore elle aussi les couleurs des fêtes de fin d’année…Il s’agit du bambou sacré.


Un bambou ? Pas exactement…

Encore une plante dont le nom peut porter à confusion ! Car effectivement, le bambou sacré n’appartient pas à la famille botanique des « vrais » bambous.
Ces derniers sont des Poacées, c’est-à-dire des graminées, que nous appelons généralement « de l’herbe ». Mais cette famille est très diversifiée, car elle regroupe entre autres les céréales (riz, blé, maïs, orge…), la canne à sucre ou encore la paille. Cela revient à dire que le bambou est une (très) grande herbe, et que ce que l’on appelle une « forêt de bambous » est en réalité une prairie géante !
Mais concernant notre plante, celle-ci appartient à la famille des Berbéridacées, dans laquelle on retrouve l’épine-vinette (Berberis vulgaris) ou encore le genre Mahonia. Le nom de cette famille serait inspiré de la berbérine, un composé alcaloïde donnant une couleur jaune.
C’est donc au sein de cette famille qu’est classé le bambou sacré, de son nom latin Nandina domestica. Bien qu’assez répandu à l’heure actuelle, il est avant tout originaire d’Asie, plus particulièrement de la Chine centrale et de la région de Kanto au Japon. Certains y verront un point commun avec le « vrai » bambou, mais attention : tous les bambous ne proviennent pas d’Asie !
Tout cela pour dire que notre Nandina domestica n’a de « bambou » que l’appellation ! Il est d’ailleurs le seul représentant du genre Nandina.


Le rouge : un avertissement

Il est vrai qu’on peut lui trouver des airs de bambou : un port fin et dressé, de longues feuilles fines…Toutefois, le bambou sacré pousse bien plus lentement, ne dépassant pas les 3 mètres. Jusqu’ici, rien qui n’évoque les décorations de Noël… Mais à mesure que passent les mois, la plante se pare de couleurs…
Après une floraison blanche et jaune en été, de petits fruits se forment en hiver, arborant un rouge éclatant et contrastant fortement avec le feuillage vert sombre (qui peut lui-même virer dans les teintes rougeâtres chez les jeunes ou vieilles feuilles). Cet assortiment fait du bambou sacré une plante ornementale très appréciée et aux nombreux cultivars (petite taille, feuilles roses, fructification importante, etc).
Mais il ne faut pas s’y tromper : ces beaux fruits rouges ne sont pas comestibles. Comme dans bon nombre de cas, les petites baies de couleur rouge vif sont toxiques… Un « code couleur » qui se révèle efficace pour dissuader les curieux !
Mais quel est l’intérêt pour une plante d’avoir des fruits dont la chair est toxique ?
Il faut d’abord rappeler que les fruits à chair comestible font le régal de nombreux animaux. Les graines, plus résistantes, ne sont pas digérées et se retrouvent dans les excréments laissés ça et là. Cela permet à la plante de disséminer ses graines grâce aux créatures qu’elle nourrit.
Mais en ce qui concerne notre bambou sacré, les fruits ont une chair toxique… Pour nous !
En effet, certaines espèces d’oiseaux ne sont pas affectées par cette toxicité, et peuvent donc ingérer ces fruits sans risquer d’empoisonnement. Cela permet à la plante de disposer d’un ou de plusieurs disséminateurs spécifiques : l’oiseau, en volant, peut parcourir de grandes distances et donc semer des graines par ses fientes sur un territoire très vaste !
Pour faire simple, cette couleur si vive nous informe que ces fruits ne sont pas pour nous. Mais là encore, le bambou sacré n’est qu’un exemple parmi tant d’autres…

Nandina domestica port   Nandina domestica feuilles   Nandina domestica fruits


Une place importante dans la culture

Vous l’aurez compris, cette plante, par sa beauté, est fréquemment cultivée dans de petites haies mixtes ou bien en pots. Son succès serait d’ailleurs à l’origine du nom d’espèce domestica, car le bambou sacré est encore très présent autour des habitations et des temples. Cela est notamment dû au fait qu’il occupe une place importante dans l’histoire de la Chine et du Japon.
Au sein de la pensée chinoise, les taoïstes considèrent cette plante comme symbole de purification. C’est effectivement une espèce très utilisée en médecine en tant que sédatif, astringent ou encore en traitement contre des douleurs osseuses et musculaires. Son bois était également utilisé pour la conception de baguettes de table. Ainsi, Nandina domestica intègre parfaitement les jardins bordant les temples, et sa symbolique lui a valu le nom de « bambou sacré ».
Les Japonais appellent cette plante « nanten », duquel aurait dérivé le nom de genre Nandina. Une fois encore, ce sont ses qualité ornementales qui seront mises en valeur, et ce à travers l’Ikebana. Signifiant « la voie des fleurs » ou « l’art de faire vivre les fleurs », il s’agit d’un art traditionnel japonais basé sur la composition florale, visant à valoriser le linéaire, le mouvement et la couleur.

Ainsi, en Extrême-Orient, le bambou sacré est une plante fortement ancrée dans l’histoire de l’Homme au travers de sa philosophie et de sa culture. Aujourd’hui très répandu, chacun y prête une vision et une interprétation différente, tantôt beauté exotique, tantôt espèce étrangère… Mais plaisons-nous, en cette saison, à y voir un substitut du houx qui orne la porte de nos maisons à l’approche des fêtes…

Lenny Basso
Jardinier et guide-animateur au Domaine du Rayol