La plante du mois : Encephalartos altensteinii

La plante du mois : Encephalartos altensteinii

Le 18 septembre 2019

Septembre : fin de l’été, baisse des températures, premières pluies… Le jardin se réveille et se réactive ! D’ailleurs, tout comme les plantes, le Domaine du Rayol s’active à préparer Gondwana, la fête des plantes qui se déroule le premier week-end d’octobre.
« Gondwana »… Curieuse appellation que voici ! Bien que ce terme désigne l’événement le plus important du Domaine, c’est en premier lieu le nom donné à l’un des supercontinents issus de la séparation de la Pangée (il y a 600 millions d’années). Autant dire que ce mot évoque un temps fort lointain… Mais que diriez-vous de profiter de ce voyage dans le temps pour parler d’une plante qui vient de tout aussi loin ?
En ce mois, intéressons-nous donc à Encephalartos altensteinii.


Un palmier ? Non.
Un cycas ? Non plus.

Encore un nom scientifique aux consonances douteuses. Il serait simple de vous définir cette plante par son appellation commune, qui est « Cycas du Cap oriental ». Mais ce serait passer outre moult détails croustillants ! Donc vous n’échapperez pas à l’habituelle séance de classification…
Commençons par le commencement : « Encephalartos » est l’association de « cephale », la tête, et de « artos », le pain. Cette notion de pain fait référence à une pratique des habitants : la première « peau » de la plante est retirée au niveau du stipe (la tige) puis enterrée. Là, les toxines contenues dans les tissus sont progressivement détruites. Au bout de deux mois, le tout est déterré, pétri, puis cuit à la braise, donnant une sorte de pain.
Le mot « altensteinii » est un hommage fait au baron prussien Karl von Stein zum Altenstein.
Autant dire que ce nom latin n’évoque en rien le cycas… D’ailleurs, certains, en l’observant, lui trouveront plutôt des airs de palmier nain. Mais ne vous y trompez pas : les encephalartos ne sont pas des palmiers.

Ces derniers constituent à eux seuls une famille entière, les Arecacées, comptant plus de 2 500 espèces. Le genre Encephalartos, quant à lui, fait partie des Zamiacées, famille regroupant plus de 200 espèces. En plus d’appartenir à des familles très différentes, ces dernières sont classées dans des ordres différents.

Ordre, famille, genre…On s’y perd vite dans ce dialecte ! Pour faire simple, imaginez que l’ordre est un gros carton, dans lequel se trouvent des boîtes à chaussures (les familles) dans lesquelles sont rangés des coffrets à bijoux (les genres), renfermant les espèces (donc les bijoux !).

Dans le cas présent, les palmiers appartiennent au grand ordre des Arecales, tandis que les encephalartos sont classés dans l’ordre des Cycadales, donc pas les mêmes cartons !
Vous l’avez peut-être remarqué : dans « Cycadales », on entend le mot « cycas ». Mais continuons sur notre lancée, car non : les encephalartos ne sont pas des cycas.
Là encore, nous avons à faire à deux genres distincts, le genre Cycas ayant lui-même sa propre famille : les Cycadacées.
Donc, pour résumer les différences sur le plan de la classification, les encephalartos sont très différents des palmiers car pas dans le même carton, et différents des cycas car pas dans la même boîte à chaussures !


A travers l’espace et le temps…

Reste que cycas, palmiers et encephalartos se ressemblent pas mal… Mais leurs différences se listent également au niveau de la géographie et de l’histoire.

Le palmier, pour commencer, évoque bien souvent des plages de zones tropicales. En réalité, on les retrouve sous différents climats, que ce soit tropical ou aride, en passant par le climat méditerranéen. De ce fait, on peut rencontrer des palmiers aussi bien dans les forêts tropicales de basse et haute altitude (tel Ceroxylon quinduense en Colombie), dans les déserts (Phoenix dactylifera au Sahara) ou sur les côtes (notre fameux Chamaerops humilis en Méditerranée). Climats variés, paysages variés, continents variés !
Le cycas se développe dans des conditions climatiques similaires, à savoir tropicales et parfois même arides. On trouve ainsi différentes espèces en Afrique (Cycas thouarsii), en Inde (Cycas circinalis), au Japon (Cycas revoluta) ou encore en Australie (Cycas armstrongii). Ces zones géographiques qui, il y a longtemps, étaient réunies en un supercontinent : le Gondwana.
Les encephalartos, eux, sont exclusivement africains, ce qui explique leur appellation de « cycas africains » pouvant porter à confusion. Dans le cas de notre plante du mois, on le retrouve sur la côte est de l’Afrique du Sud, de la province du Cap oriental jusqu’au KwaZulu-Natal.

L’Histoire a son importance également, car les plus vieux fossiles de plantes de l’ordre des Cycadales datent d’environ 323 millions d’années. Du côté des Arecales (carton des palmiers), les plus anciennes traces remontent à environ 120 millions d’années.
Ces chiffres démontrent que les cycas et les encephalartos appartiennent à un ordre plus ancien que celui des palmiers. Mais il se trouve qu’entre ces deux dates, durant la fameuse ère des dinosaures, un événement majeur de l’histoire évolutive des plantes a eu lieu : les plantes à fleurs sont apparues !
Et c’est là, la preuve de cette différence historique : les cycas et les encephalartos, contrairement aux palmiers, ne possèdent pas de fleurs.


La sexualité des plantes : toute une histoire

Eh oui, sachez-le : pas de fleurs chez les encephalartos.
Pour rester dans l’idée de confusion avec le palmier, ce dernier est ce que l’on appelle une angiosperme. Ce terme, issu du grec « sperma » voulant dire « graine » et « angeion » pour « récipient », regroupe tout ce que nous appelons les plantes à fleurs.
Face à ces plantes se placent les gymnospermes (« graine nue »), où nous retrouvons les cycas, les encephalartos mais aussi nos chers conifères (pins, sapins, épicéas…) ! Donc pour clore toute idée de ressemblance avec le palmier, dites-vous que l’encephalartos est plus proche du pin que du palmier.

Et être une plante « à graine nue », cela implique bien des choses.
Avant tout, il faut savoir que chez nos « plantes à pain », les sexes font bande à part : mâles et femelles sont distincts et sont portés par des individus différents. On parle d’une espèce dioïque.
Chez les encephalartos, les pièces reproductrices ont une forme de cône ; on parle ici d’un strobile. Cette structure porte les sporanges, sorte de « petits sacs » contenant des spores mâles ou femelles en fonction du sexe du plant.
La pollinisation est ici « simplifiée » car les organes reproducteurs ne sont pas protégés dans des compartiments (contrairement aux plantes à fleurs). De ce fait, bon nombre de plantes « à graines nues » tels que les pins voient leurs grains de pollen transportés par le vent. Les personnes allergiques peuvent en témoigner !
Ce moyen de transport est d’autant plus pratique lorsqu’on s’imagine des centaines de millions d’années auparavant, à une époque où les pollinisateurs n’étaient pas aussi nombreux et diversifiés, ce qui offrait moins de biais pour le transport du pollen.

Encephalartos altensteinii Encephalartos altensteinii Encephalartos altensteinii
Evolution du cône de l’Encephalartos altensteinii : août 2018, octobre 2018, juillet 2019

Mais attention ! Le fait que les encephalartos soient apparus il y a près de 300 millions d’années ne veut en aucun cas dire qu’ils n’ont pas évolué jusqu’à présent. Il ne s’agit pas de « fossiles vivants », terme à bannir définitivement de votre vocabulaire !
En effet, au jour d’aujourd’hui, de nombreux animaux d’Afrique du Sud contribuent à la reproduction de notre Encephalartos altensteinii. A titre d’exemple, des coléoptères consommateurs de pollen assurent le transport des grains (malgré eux) et favorisent donc la pollinisation. Les graines formées sont entourées d’une chair faisant le régal des oiseaux, tel le Calao trompette (Bycanistes bucinator) ou le Touraco louri (Tauraco corythaix) qui, en rejetant les graines non digérées, contribuent à disséminer les populations d’encephalartos.
Pour une plante ayant précédé les dinosaures, elle sait très bien vivre avec son temps.

Vous l’aurez compris, à travers ce magnifique Encephalartos altensteinii, l’éternel adage concernant les plantes est de rigueur : ne pas se fier aux apparences !

Lenny Basso
Jardinier et guide-animateur au Domaine du Rayol