La plante du mois : Barleria obtusa

Fleurs de Barleria obtusa

Le 20 novembre 2018

En ce mois de novembre, vents, pluies et éclaircies sont au rendez-vous, chacun affectant les couleurs et les humeurs de nos journées. De même, les animaux et végétaux du jardin sont rythmés par ces alternances météorologiques.
En réponse à ces fluctuations d’humidité, de température et de luminosité, certaines plantes au Domaine du Rayol arborent déjà leurs fleurs, avant même la venue du printemps… Les visiteurs peuvent ainsi y observer des floraisons aux couleurs, formes et tailles très variées, allant des minuscules fleurs blanches des Muehlenbeckia, aux soleils roses des Hakea…
Et parmi ces plantes à « fleurs d’automne », il en est une qui associe beauté, simplicité et discrétion : Barleria obtusa.


Ne pas toujours se fier aux apparences…

N’ayant pas d’appellation commune en français, référons-nous à son nom anglais, « Bush violet », littéralement, la « violette buissonnante ». Pourtant, comme dans bon nombre de cas chez les plantes, il ne s’agit pas ici d’une violette. Cette dernière fait partie du genre Viola, de la famille des Violacées. En revanche, les espèces du genre Barleria appartiennent à la famille des Acanthacées, dans laquelle on retrouve la fameuse « acanthe à feuilles molles » (Acanthus mollis).
Appelons donc cette plante du mois par son nom de genre, qui serait dérivé de celui du botaniste français Jacques Barrelier.

Les fleurs du Barleria comptent cinq pétales et sont effectivement de couleur rose ou encore violette (d’où la confusion). Mais en y regardant de plus près, on peut remarquer, à la base de chaque pétale, de fines bandes, dont la couleur foncée s’estompe à mesure que l’on s’éloigne du cœur de la fleur.
Ainsi, celui qui accorde de sa curiosité à cette plante se voit offrir le spectacle d’une floraison finement dessinée, bien plus que ce qu’un rapide coup d’œil peut laisser croire…
Toutefois, en l’absence de fleurs, difficile d’y trouver une ressemblance avec la violette. Son feuillage vert sombre, entier et recouvert de petits poils clairs, pourrait faire penser à une sauge. Mais là encore, il n’en est rien, car les sauges appartiennent à une autre famille : les Lamiacées, comme les lavandes !
Les plantes « cousines » ne se ressemblent donc pas autant que le suggère leur parenté ! De même que des plantes qui se ressemblent ne sont pas forcément « cousines » !

Barleria obtusa

Le Barleria obtusa…

Acanthus mollis

… est de la même famille que l’Acanthus mollis.   


Rien n’est laissé au hasard…

La morphologie de cette plante résulte de conditions de vie bien spécifiques. Il faut savoir que le genre Barleria regroupe quelque 120 espèces, dont une cinquantaine d’entre elles vit dans la partie sud de l’Afrique. Et c’est de là qu’est originaire le Barleria obtusa, plus précisément dans les parties nord et est de l’Afrique du Sud ainsi qu’au Zimbabwe.

Cette plante est remarquable quant à son habitat : on la retrouve aussi bien sur des collines ensoleillées, soumises à la sécheresse, qu’en lisière de forêts de régions subtropicales. Deux milieux offrant des conditions de vie bien différentes ! Comment une même espèce peut-elle vivre dans l’un comme dans l’autre? Là encore, la nature nous illustre la notion d’adaptabilité…
Le feuillage de couleur vert sombre convient tout à fait pour une plante vivant à la mi-ombre : la lumière du soleil, bien qu’atténuée par les branchages, est captée facilement par les couleurs foncées (les couleurs sombres attirant davantage la lumière que les couleurs claires). Pratique donc pour une vie à l’orée d’une forêt !
Cependant ce même feuillage est parcouru de petits poils, qui peuvent se révéler efficaces dans un espace ouvert. Cette pilosité peut constituer un coupe-vent qui atténue le dessèchement : un tampon thermique pour limiter l’échauffement trop rapide des feuilles, voire même pour capter efficacement les brumes matinales. De ce fait, les collines des régions sud-africaines sont donc tout à fait convenables.

Il est important de noter toutefois que chaque milieu de vie a une influence sur l’aspect du Barleria. Chacun présentant des avantages et des inconvénients, tous contribuent à modifier le développement et l’apparence de la plante. Le « Barleria des collines » aura un aspect compact, dépassant rarement le mètre, tandis que le « Barleria des lisières » peut atteindre les deux mètres en tous sens.

Il est donc nécessaire de prendre en compte tous ces aspects qui constituent l’habitat d’une espèce. Soleil, vent, humidité, sol… Autant d’éléments qui favorisent ou désavantagent les plantes depuis leur apparition sur Terre, donnant ainsi des paysages multiples et variés…
Le Barleria, tantôt parterre de plein soleil, tantôt petit buisson de mi-ombre, illustre parfaitement cette notion d’adaptation, et saura colorer le bord des chemins empruntés par les promeneurs de l’automne…

Lenny Basso
Jardinier et guide-animateur au Domaine du Rayol